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Témoignage de Rémi Nègre - Haiti
Photo de Rémi à Haïti
Un stagiaire près des ravines.

Etudiant à l’AGROPARISTECH, l’école d’ingénieur agronome de Paris, où j’ai suivi la spécialité Développement Agricole, j’ai effectué mon stage de fin d’études en Haïti, un stage de « diagnostic » .

Je me suis ainsi retrouvé  dans la zone de ravine Ochic, un peu au sud de Gros-Morne, où SOS ESF a commencé un travail d’aménagement des ravines (des petits vallons où de l’eau ruisselle emportant avec elles les sols), de greffage des manguiers et de pépinières.
J’ai habité  chez la famille Telson TEME pendant 5 mois et demi,  partageant les même repas et pour être au plus près de mon sujet d’étude : la façon de travailler et de vivre des paysans. De là j’ai pu enquêter une soixantaine de familles.

On parle souvent des paysans comme d’un groupe homogène : j’ai pu montrer qu’il y avait une forte différenciation sociale dans cette zone qui produit des céréales, des mangues et de la canne.
  • Les ouvriers agricoles, sans terre, sont les plus pauvres.
  • D’autres ne possèdent pas la terre et donnent 1/3 de la récolte au propriétaire.
  • Parmi ceux qui ont des terres en propriété, certains cultivent des céréales pendant la saison des pluies. Pendant la saison sèche ils n’ont pas de travail..
  • Ceux qui en ont les moyens plantent aussi de la canne à sucre qui demande du travail en saison sèche. Ces agriculteurs peuvent espérer avoir des revenus toute l’année.  Mais la canne est transformée en sirop dans des moulins en fer à moteur, ou en bois. Pour le transport comme pour  actionner le moulin en bois,  il faut  des mulets qui coûtent cher  (200 à 400 euros), et peu de familles en possèdent. Les autres doivent les louer.  Enfin les moins pauvres possèdent à la fois des mulets et un moulin en bois.
Un certain nombre de familles de paysans sont sous ou proches du seuil de survie : manger des céréales et des haricots, sans inclure les frais de scolarité ou de santé.  Ils  ne font pas tous les jours deux repas, et en mai et juin quand les greniers sont vides ils ne mangent presque que des mangues. Ces paysans vivent au jour le jour et sont loin d’envisager un investissement à long terme comme planter des arbres !

Mon analyse a ainsi mis en relief le réalisme du Projet de l’association Enfants sans Frontières : ne pas reboiser à tout prix, mais  redonner aux paysans la capacité de se nourrir, pour qu’ils puissent ensuite planter des arbres mais aussi manger, envoyer leurs enfants à l’école ou éviter l’émigration.
 
Rémi Nègre